Main malhabile, 2e essai

Modèle vivant, sanguine et pierre noire sur papier Canson Ingres Vidalon

Deuxième travail au crayon sanguine et à la pierre noire entièrement réalisé de la main « malhabile », la gauche. Cette fois encore, l’imposition de cette contrainte ne semble pas changer grand-chose au résultat final. J’y retrouve ma manière. À nouveau, les grandes lignes du modèle sont rapidement venues, justes. Les difficultés, l’effort et la concentration accrus pour diriger correctement le geste, sont arrivés pour les détails et les ombrages. Et surtout pour obtenir le visage, dont l’angle, la position et l’expression ont dû être maintes fois repris. D’où finalement plus de quatre heures de travail, de reprises, de retouches. Une durée certainement supérieure à celle qu’aurait demandée une réalisation par l’autre main. Et à la fin une fatigue plus marquée. Oculaire, musculaire et cérébrale. Insidieuse mais sensible à la longue. J’ai déjà souvent tenté d’écrire de la main gauche, de gauche à droite comme à l’envers et de droite à gauche, façon Léonard de Vinci. Le résultat est clairement laborieux, heurté, sujet à des accidents, et pourtant paradoxalement bien plus lisible que mes pattes de mouche habituelles. Dans le dessin, cette différence s’avère bien moindre.

Portrait gauche

Portrait d’après photo, sanguine et pierre noire, réalisé de la main malhabile (gauche). 18 mai 2020.

Encore le couple sanguine / pierre noire, sur papier Ingres. L’originalité de cette réalisation n’est pas dans les outils utilisés, mais dans la contrainte (auto-)imposée : le défi était de réaliser un dessin relativement grand et détaillé entièrement de « l’autre » main, en l’occurrence, pour moi, la main gauche. Il est presque frustrant de constater que finalement… ça ne se voit pas ! Plus surprenant encore, ce portrait m’a semblé presque plus facile à obtenir ainsi ; il a quasiment tout de suite été juste. Même si certains gestes restaient difficiles, pouvoir poser le poignet sur la feuille pour stabiliser la main, changer à volonté l’orientation de la feuille et n’avoir finalement que peu de mouvements complexes des doigts expliquent sans doute que dessiner de la main « malhabile » soit nettement plus simple qu’écrire. Au final, ce portrait de la main gauche n’est pas sinistre !

Une pose, quatre angles, trois techniques

Femme accroupie, vue sous quatre angles. Crayon 2B, sanguine, pierre noire sur papier Ingres.

Travail en période de confinement, d’après photos. Le même modèle sous quatre angles différents, traités par trois outils : mine de plomb 2B, sanguine et pierre noire, sur papier Ingres. La sanguine donne un rendu très réaliste, la pierre noire des contrastes plus marqués. La mine de plomb permet plus de subtilités.

Femme assise

Mine de plomb HB, 2B. 30 mars 2020.

Nouveau travail d’après photo. La modèle est « avachie » sur la chaise, le buste largement incliné vers l’arrière, les fesses posées sur le bord du siège ; les bras ballants derrière le dossier étirent les pectoraux et les épaules vers l’arrière, accentuant encore la forme des seins et dessinant les abdominaux. Dessin à la mine de plomb sur papier Ingres. Image strictement réaliste, et pourtant certainement impubliable sur les réseaux prétendument sociaux, surtout inondés de puritanisme à l’américaine et de père-la-pudeur. Tant pis pour eux.

Jeune femme au pastel (3)

Pastels secs sur papier gris chiné

Troisième travail au pastel sur papier de couleur. Une pose assez compliquée, où l’éclairage laisse deviner la tension des muscles du dos et les reliefs de quelques côtes par des ombres très légères, difficiles à rendre au pastel. Les ombres fortes soulignent l’épine de l’omoplate, les muscles spinaux, les fossettes lombaires et le losange de Michaelis.

Jeune femme au pastel (2)

Deuxième travail aux pastels secs sur papier coloré. D’aucun trouveront ce modèle un peu trop maigre, mais c’est bien la morphologie de l’original, accentuée encore par la posture cambrée. Dommage que la photo ou le scanner accentuent un peu trop les teintes orangées.

Jeune femme au pastel

Modèle vivant aux pastels secs sur papier gris

Retour à l’humain et à une technique « sèche », le pastel (sec, donc). Toujours délicat de mêler les tons de pastel à l’estompe sans affadir le dessin ni salir les couleurs claires avec les sombres. La pose est sûrement moins confortable qu’il n’y paraît, sur ce canapé en skaï qui doit coller à la peau…

Carnet animalier, face 2

Deuxième face du carnet leporello, à nouveau garni d’images glanées ça et là : radiographies animales ultra-modernes et enluminures médiévales ; exactitude clinique contre stylisation fantasmagorique. Et encore des essais avec différentes techniques : encre de Chine au feutre-pinceau, sanguine et pierre noire, aquarelle, feutres de couleurs, mines de plomb…

Carnet animalier, face 1

Encore un carnet format leporello. Après la morpho-anatomie humaine, l’équivalent animalier. C’est forcément plus simple avec les mammifères, os et muscles étant les mêmes, différant seulement dans leur disposition et parfois leur nombre. Plus ardu avec les oiseaux : les plumes masquent largement les quelques repères externes de l’anatomie interne. Des tentatives aux feutres à eau, pour varier de l’aquarelle. Pour agrémenter, quelques insectes, et le télescopage des radiographies modernes contre la fantasmagorie et la stylisation médiévales.

Mini-danse macabre

Crânes de mammifères (collection de biologie de l’ENS de Lyon). Encre brune et aquarelle. Décembre 2019

À la racine de cette galerie de portraits, il y a la perplexité devant ce minuscule carnet leporello de 5 cm sur 5 et la question de ce que l’on pourrait bien en faire… Ensuite, le problème du choix des crânes : ni trop allongé pour remplir suffisamment la case (recalés le fourmilier, l’échidné ou la musaraigne), ni trop large pour y tenir en entier (tant pis pour les cervidés et leurs ramures), ni trop simple pour qu’il y ait quand même quelque chose à voir à cette échelle (disqualifié, le lamantin…). C’est là, en les regardant de très près et en oubliant l’échelle, que l’on s’aperçoit que le crâne de l’opossum ou du putois, avec leurs fines dents acérées, pourrait parfaitement servir de base à la création de monstrueux dragons.