Château urbain

Pandémie 2020 oblige, finis les croquis de contrées exotiques. Mais la ville alentour possèdent quelques curiosités tout aussi dignes d’intérêt. Surtout quand l’été et l’automne y ajoutent une belle lumière et des couleurs chaudes, et en masquent la décrépitude. Ici le même édifice d’une ancienne caserne de Lyon reconvertie en parc, vue sur deux côtés différents. Crayonné initial et rendu final.

Cachez vos rouges tabliers !

Deux traitements d’une même image. L’orientation de face et la symétrie des cornes de l’animal masque l’asymétrie du reste du corps, légèrement déporté sur sa droite. La vue en légère contre-plongée accentue encore le caractère massif et impressionnant et la majesté de la pose. Le dessin à la mine de plomb permet de donner réalisme et précision, quand le traitement au pinceau à encre de Chine incite à la simplification et aux aplats, pour un rendu qui ressemble à une linogravure. Évidemment, réalisés l’un après l’autre et séparément, les deux dessins ne se ressemblent pas, ni à l’original, chacun portant ses erreurs et ses maladresses.

Attention maternelle

Dessin d’après photo d’une puma femelle du parc zoologique de Paris et de son petit. On sent la circonspection de la mère envers le soigneur ou le photographe. Toute son attitude déclare « t’approches pas trop… ». Sanguine, pierre noire et sépia.

Encre sur kraft

Travail sur poses courtes à l’encre de Chine sur papier kraft, au feutre-pinceau. L’outil ancien (modernisé) sur le papier industriel (reconverti). L’encre interdit toute correction et encourage, voire impose, un traitement « par les masses » et un contraste binaire entre les zones d’ombre et les endroits éclairés. Cette brutalité permet le traitement élusif : quelques traits majeurs pour suggérer et c’est l’observateur qui rajoute les contours absents. Le feutre-pinceau fournit aussi toutes les nuances de tracé, du trait fin à l’aplat de ténèbres. Mais plus intéressant encore, l’épaisseur et la régularité du trait peut changer au cours du même mouvement, par la flexion du pinceau, donnant un caractère propre au trait, cette personnalité que le feutre tubulaire ou le critérium ont pour mission de supprimer.

Le survivant du Luxembourg

Paris, jardin du Luxembourg.

Canicule de l’été 2020. Au bord d’une pelouse, un tronc quasi-totalement élagué, envahi par les gros carpophores jaunes grisâtres d’un champignon. Pourtant pas encore mort : quelques nouvelles tiges renaissent des bras coupés, telles les têtes d’une hydre de Lerne agonisante.

La singularité de ce vieillard en fin de vie et le champignon montant à l’assaut depuis la base appelaient cette vue en contre-plongée étirée sur toute la double page du carnet. L’écorce écailleuse, pachydermique et sombre, et la couleur marquée des carpophores suggéraient un traitement contrasté. D’où le choix de réserver la couleur aux seconds, et d’accentuer la rugosité de la première par l’encre de Chine.

Encre de Chine et aquarelle sur carnet aquarelle format italien. 31 juillet 2020.

Buste anatomique

Travail anatomique du buste, sur une image de modèle vivant reproduite d’abord au crayon gras. Quand le dessin se fait photographie, IRM et scanner tout à la fois, et sans scalpel. Toute la beauté de l’exercice de l’écorché. Crayon graphite B, 2B, 3B et H sur papier vergé Ingres Vidalon. 17 août 2020.

Fregoli au grand air

Chaleur estivale et contraintes des milieux clos encouragent le dessin en extérieur. Succession de poses dans un jardin public avec un modèle très maigre et au style punk assumé, équipé de toute une panoplie d’accessoires et d’habillements. La technique des trois crayons sur papier kraft ne rend pas le bariolé des tenues, mais permet de saisir rapidement la pose et d’apporter du contraste.

Un peu de dynamisme…

Réalisation filmée d’un croquis d’après photo. Cliquer sur l’image pour accéder à la vidéo. Durée totale du travail : 11 minutes.

Un essai sans filet. Filmer la réalisation d’un dessin. Un téléphone portable accrochée sur une grande lampe de bureau, une table propre et stable, un crayon et une feuille… et taïaut ! 11 minutes de vidéo, ensuite trafiquées pour en accélérer des morceaux, y remplacer les bruits environnants par un fond musical (libre de droits) et quelques séquences introductives et conclusives. Bref, du bidouillage de base pour un vrai vidéaste, mais une découverte pour moi. Au final, quatre minutes de vidéo épileptique. Une expérience à renouveler… en espérant que ça ne soit pas la chance du débutant :-).

Trois grâces… en une

Dessin d’après photo. Crayon gras et sanguine sur papier vergé Ingres Vidalon.

Prolongation du précédent traitement de quatre angles d’une même pose. Ici trois angles de prise de vue d’un même modèle, avec une meilleure réflexion sur la construction de l’ensemble. L’éclairage du modèle est cette fois très accentué et directionnel, et fournit un contraste fort entre des ombres tranchées et des zones intensément éclairées. La pose volontairement exagérée le renforce encore : l’épaule gauche en avant qui projette son ombre sur le pectoral et le tronc met en relief le sein gauche ; l’épaule droite rejetée en arrière qui fait ressortir l’omoplate droite. Et l’expressivité de la pose est construite par les inclinaisons opposées du vêtement et des épaules.

Main malhabile, 2e essai

Modèle vivant, sanguine et pierre noire sur papier Canson Ingres Vidalon

Deuxième travail au crayon sanguine et à la pierre noire entièrement réalisé de la main « malhabile », la gauche. Cette fois encore, l’imposition de cette contrainte ne semble pas changer grand-chose au résultat final. J’y retrouve ma manière. À nouveau, les grandes lignes du modèle sont rapidement venues, justes. Les difficultés, l’effort et la concentration accrus pour diriger correctement le geste, sont arrivés pour les détails et les ombrages. Et surtout pour obtenir le visage, dont l’angle, la position et l’expression ont dû être maintes fois repris. D’où finalement plus de quatre heures de travail, de reprises, de retouches. Une durée certainement supérieure à celle qu’aurait demandée une réalisation par l’autre main. Et à la fin une fatigue plus marquée. Oculaire, musculaire et cérébrale. Insidieuse mais sensible à la longue. J’ai déjà souvent tenté d’écrire de la main gauche, de gauche à droite comme à l’envers et de droite à gauche, façon Léonard de Vinci. Le résultat est clairement laborieux, heurté, sujet à des accidents, et pourtant paradoxalement bien plus lisible que mes pattes de mouche habituelles. Dans le dessin, cette différence s’avère bien moindre.