Le survivant du Luxembourg

Paris, jardin du Luxembourg.

Canicule de l’été 2020. Au bord d’une pelouse, un tronc quasi-totalement élagué, envahi par les gros carpophores jaunes grisâtres d’un champignon. Pourtant pas encore mort : quelques nouvelles tiges renaissent des bras coupés, telles les têtes d’une hydre de Lerne agonisante.

La singularité de ce vieillard en fin de vie et le champignon montant à l’assaut depuis la base appelaient cette vue en contre-plongée étirée sur toute la double page du carnet. L’écorce écailleuse, pachydermique et sombre, et la couleur marquée des carpophores suggéraient un traitement contrasté. D’où le choix de réserver la couleur aux seconds, et d’accentuer la rugosité de la première par l’encre de Chine.

Encre de Chine et aquarelle sur carnet aquarelle format italien. 31 juillet 2020.

Buste anatomique

Travail anatomique du buste, sur une image de modèle vivant reproduite d’abord au crayon gras. Quand le dessin se fait photographie, IRM et scanner tout à la fois, et sans scalpel. Toute la beauté de l’exercice de l’écorché. Crayon graphite B, 2B, 3B et H sur papier vergé Ingres Vidalon. 17 août 2020.

Fregoli au grand air

Chaleur estivale et contraintes des milieux clos encouragent le dessin en extérieur. Succession de poses dans un jardin public avec un modèle très maigre et au style punk assumé, équipé de toute une panoplie d’accessoires et d’habillements. La technique des trois crayons sur papier kraft ne rend pas le bariolé des tenues, mais permet de saisir rapidement la pose et d’apporter du contraste.

Un peu de dynamisme…

Réalisation filmée d’un croquis d’après photo. Cliquer sur l’image pour accéder à la vidéo. Durée totale du travail : 11 minutes.

Un essai sans filet. Filmer la réalisation d’un dessin. Un téléphone portable accrochée sur une grande lampe de bureau, une table propre et stable, un crayon et une feuille… et taïaut ! 11 minutes de vidéo, ensuite trafiquées pour en accélérer des morceaux, y remplacer les bruits environnants par un fond musical (libre de droits) et quelques séquences introductives et conclusives. Bref, du bidouillage de base pour un vrai vidéaste, mais une découverte pour moi. Au final, quatre minutes de vidéo épileptique. Une expérience à renouveler… en espérant que ça ne soit pas la chance du débutant :-).

Trois grâces… en une

Dessin d’après photo. Crayon gras et sanguine sur papier vergé Ingres Vidalon.

Prolongation du précédent traitement de quatre angles d’une même pose. Ici trois angles de prise de vue d’un même modèle, avec une meilleure réflexion sur la construction de l’ensemble. L’éclairage du modèle est cette fois très accentué et directionnel, et fournit un contraste fort entre des ombres tranchées et des zones intensément éclairées. La pose volontairement exagérée le renforce encore : l’épaule gauche en avant qui projette son ombre sur le pectoral et le tronc met en relief le sein gauche ; l’épaule droite rejetée en arrière qui fait ressortir l’omoplate droite. Et l’expressivité de la pose est construite par les inclinaisons opposées du vêtement et des épaules.

Main malhabile, 2e essai

Modèle vivant, sanguine et pierre noire sur papier Canson Ingres Vidalon

Deuxième travail au crayon sanguine et à la pierre noire entièrement réalisé de la main « malhabile », la gauche. Cette fois encore, l’imposition de cette contrainte ne semble pas changer grand-chose au résultat final. J’y retrouve ma manière. À nouveau, les grandes lignes du modèle sont rapidement venues, justes. Les difficultés, l’effort et la concentration accrus pour diriger correctement le geste, sont arrivés pour les détails et les ombrages. Et surtout pour obtenir le visage, dont l’angle, la position et l’expression ont dû être maintes fois repris. D’où finalement plus de quatre heures de travail, de reprises, de retouches. Une durée certainement supérieure à celle qu’aurait demandée une réalisation par l’autre main. Et à la fin une fatigue plus marquée. Oculaire, musculaire et cérébrale. Insidieuse mais sensible à la longue. J’ai déjà souvent tenté d’écrire de la main gauche, de gauche à droite comme à l’envers et de droite à gauche, façon Léonard de Vinci. Le résultat est clairement laborieux, heurté, sujet à des accidents, et pourtant paradoxalement bien plus lisible que mes pattes de mouche habituelles. Dans le dessin, cette différence s’avère bien moindre.

Portrait gauche

Portrait d’après photo, sanguine et pierre noire, réalisé de la main malhabile (gauche). 18 mai 2020.

Encore le couple sanguine / pierre noire, sur papier Ingres. L’originalité de cette réalisation n’est pas dans les outils utilisés, mais dans la contrainte (auto-)imposée : le défi était de réaliser un dessin relativement grand et détaillé entièrement de « l’autre » main, en l’occurrence, pour moi, la main gauche. Il est presque frustrant de constater que finalement… ça ne se voit pas ! Plus surprenant encore, ce portrait m’a semblé presque plus facile à obtenir ainsi ; il a quasiment tout de suite été juste. Même si certains gestes restaient difficiles, pouvoir poser le poignet sur la feuille pour stabiliser la main, changer à volonté l’orientation de la feuille et n’avoir finalement que peu de mouvements complexes des doigts expliquent sans doute que dessiner de la main « malhabile » soit nettement plus simple qu’écrire. Au final, ce portrait de la main gauche n’est pas sinistre !

Une pose, quatre angles, trois techniques

Femme accroupie, vue sous quatre angles. Crayon 2B, sanguine, pierre noire sur papier Ingres.

Travail en période de confinement, d’après photos. Le même modèle sous quatre angles différents, traités par trois outils : mine de plomb 2B, sanguine et pierre noire, sur papier Ingres. La sanguine donne un rendu très réaliste, la pierre noire des contrastes plus marqués. La mine de plomb permet plus de subtilités.

Femme assise

Mine de plomb HB, 2B. 30 mars 2020.

Nouveau travail d’après photo. La modèle est « avachie » sur la chaise, le buste largement incliné vers l’arrière, les fesses posées sur le bord du siège ; les bras ballants derrière le dossier étirent les pectoraux et les épaules vers l’arrière, accentuant encore la forme des seins et dessinant les abdominaux. Dessin à la mine de plomb sur papier Ingres. Image strictement réaliste, et pourtant certainement impubliable sur les réseaux prétendument sociaux, surtout inondés de puritanisme à l’américaine et de père-la-pudeur. Tant pis pour eux.

Jeune femme au pastel (3)

Pastels secs sur papier gris chiné

Troisième travail au pastel sur papier de couleur. Une pose assez compliquée, où l’éclairage laisse deviner la tension des muscles du dos et les reliefs de quelques côtes par des ombres très légères, difficiles à rendre au pastel. Les ombres fortes soulignent l’épine de l’omoplate, les muscles spinaux, les fossettes lombaires et le losange de Michaelis.